#10 | La difficulté d’être totalement soi, avec Yann, la diva du cocooning.

Récemment, seul au Zcafé, je me suis rappelé d’une chose que j’avais oubliée. Une évidence pour moi pourtant… Il n’y a pas besoin d’avoir un titre ou un diplôme pour se sentir légitime à parler de mieux-être. Pour ce nouveau numéro, j’ai le plaisir d’accueillir sur l’estrade du Zcafé Yann. Yann n’est ni professionnel du bien-être ou du développement personnel, ni thérapeute. Yann est créatrice de contenus sur YouTube. Il est la diva à paillettes qui prône le cocooning et le slow living sur sa chaîne Instant de vie Yann. Même si Yann aime jouer avec le genre féminin (qu’il assume pleinement), il ne joue pas un personnage pour faire le buzz ou être dans la « fame ». Naturel et authentique, optimiste et bienveillant, il incarne le personnage principal de l’histoire de sa vie. Une vie qu’il veut simple et minimaliste à sa manière, ordinaire mais extra, slow mais pétillante. Dans ses vlogs, il partage des instants de vie dans une ambiance cosy et chaleureuse, très souvent accompagné de son labrador Marley, son acolyte, et avec un bon café, toujours !

J’ai découvert sa chaîne lorsque je cherchais sur YouTube des vidéos slow silencieuses pour m’inspirer et respirer. De la sensibilité de l’Être et de l’humain à la magie des images et des sons, j’ai surtout découvert dans ses vidéos un jeune trentenaire sensible et créatif, attachant et simple, qui aime profondément la vie pour toutes les surprises qu’elle lui offre au quotidien. Dès les premières minutes de notre conversation, un thème s’est invité d’emblée, naturellement : la difficulté d’être vraiment soi-même parfois dans le monde d’aujourd’hui. Yann nous raconte ici un bout de son parcours, de son cheminement personnel –long et douloureux  – à la création de sa chaîne YouTube, sa bulle créative de bien-être. Du haut de mes talons roses, je suis heureux de t’inviter sur la scène du Zcafé Yann. Prenez place et maintenant, place au récit.

C’est difficile d’être vraiment soi dans le monde d’aujourd’hui.

« C’est assez déroutant d’ailleurs. On nous colle des étiquettes, on nous met dans des cases, on nous impose certaines choses. La société d’aujourd’hui est quand même assez stressante, angoissante. Je trouve que c’est difficile dans la société actuelle d’être totalement soi-même sans être stigmatisé, sans avoir cette impression d’être dans une case. Il faut que l’on soit dans une « bonne case ». On a cette impression que si nous ne sommes pas blancs, minces ou musclés, beaux, si on n’a pas un vrai métier, si on ne gagne pas très bien sa vie, si on n’a pas des enfants, une vie saine, un esprit sain dans un corps sain, si on a un mode de vie un petit peu atypique et différent, on est vite stigmatisés. »

Cette stigmatisation par la société, Yann l’a ressentie et vécue durant toute son enfance et son adolescence. « Au collège et au lycée, ça se passait très mal parce que j’étais insulté à longueur de journée, on me faisait des réflexions, on porte des jugements sur moi, toutes ces choses ont forgé une certaine carapace et j’ai eu tendance à me renfermer ». De plus, « le fait que je sois gay a aussi été très compliqué ». Ce sont les arts comme le chant (et l’opéra) qui lui ont permis de gagner confiance en lui. Yann me confie qu’il n’a pas profité de sa vingtaine non plus. Jusqu’à ses trente ans, il n’était pas bien dans sa peau et s’interdisait d’être vraiment heureux. A 31 ans aujourd’hui, il a cette impression de vivre enfin pleinement sa vie.

Avec du recul, ce sont les rencontres qu’il a faites dans sa vie, les imprévus dans son parcours (notamment professionnel), les liens familiaux parfois tendus, son agression, sa maladie chronique, qui font qu’il est la personne qu’il est maintenant. « J’ai vraiment envie de vivre pour moi et de ne pas vivre ou dépendre de quelqu’un, ou en fonction de quelqu’un et de vraiment penser par moi-même, parce que pendant ces dix dernières années, j’avais l’impression d’être dans un contexte qui ne me convenait pas ». C’est son agression qui a été l’élément central de tout un changement en lui. « Parce que ça n’allait pas, je me remettais beaucoup en question. Je me pose toujours beaucoup de questions. J’ai toujours été très cérébral. Cela m’a permis de me rendre compte de ce qui était intéressant pour moi, ce qui était bon pour moi dans ma vie. Cela m’a permis de m’ouvrir et de me rendre compte que j’avais vraiment besoin d’expérimenter des choses dans ma vie, de me poser les bonnes questions, tout un cheminement assez large, long, difficile, douloureux, semé d’embûches, mais totalement nécessaire parce que je me suis fait une bonne introspection sur moi-même, parce qu’avec le temps et avec l’âge, on mûrit, on grandit et je me sens tellement mieux dans ma peau, maintenant. Je me sens tellement décomplexé. J’ai tellement appris sur moi-même. Je suis créatif, bienveillant, empathique, je me nourris des relations humaines, des gens que je rencontre, de tout ce qui m’entoure, de la nature – je sais que des gens peuvent trouver ça totalement stupide – mais moi c’est ma façon à moi d’être heureux. J’ai appris à relativiser ». Durant toutes ces années, Yann a toujours assumé ce qu’il avait fait, les choix qu’il avait pris, ses décisions. Ce sont son mental, sa résilience et son optimisme qui lui ont permis de rebondir face aux épreuves douloureuses de sa vie. « J’essaie toujours de me rassurer en voyant le bon côté des choses ».

Je savais depuis tout petit qui j’étais vraiment au fond de moi.

« Même enfant, je savais déjà comment j’étais, que je préférais les garçons, je savais mes goûts très prononcés que ce soit en musique etc., des trucs totalement atypiques qui ne vont pas concrètement pour un petit garçon. Tu sais quand on est petit, on dit au petit garçon de jouer avec son action man et à la petite fille de jouer avec sa dinette, son aspirateur et ses barbies. Non moi je jouais avec des barbies, je m’en foutais. Je me déguisais, je mettais les talons de ma mère. J’étais déjà un peu « barré » quand j’étais petit. Mais c’était des bonnes années. Même dans ma gestuelle, dans ma façon d’être, petit, on sentait qu’il y avait un côté très féminin assumé. Mes parents l’avaient certainement remarqués et j’en jouais énormément jusqu’au jour où effectivement je l’ai caché par la suite avec cette impression qu’il ne faut pas blesser ses parents, cette impression qu’il faut être dans une case où tu dois être hétérosexuel, avoir des enfants etc, alors que ce n’est pas du tout ma conception de la vie, je  ne veux pas d’enfants, je suis gay et je m’assume totalement mais ça a été très long ».

Pour Yann cependant, le plus difficile n’a pas été d’assumer ouvertement son homosexualité, mais de vivre pleinement sa créativité au quotidien, d’exprimer totalement le créatif qu’il est et aspire à être (et même s’il a fait de l’opéra, du piano et est allé au conservatoire). « Plus jeune, je savais que j’étais quelqu’un d’extrêmement créatif, je sentais que j’avais un potentiel, j’aimais l’artistique, et petit à petit je me suis peu à peu effacé, je me suis enfermé dans cette enveloppe, dans cette espèce de pellicule toute lisse, bienveillante, gentille, le petit garçon sage, qui ne fait pas de bêtise, qui subit beaucoup de moqueries parce qu’il essaie de renvoyer une image qui n’est pas celle de son lui intérieur. Mais j’avais toujours cette force de caractère et je me disais ‘’je m’en fous, je sais qui je suis’’ ». Même encore aujourd’hui, c’est compliqué pour lui de parler de YouTube à ses proches «  je fais des vidéos, je créé du contenu ».

D’aide-soignant à la création de contenus, le grand saut pour créer librement.

Avec du recul, il reconnaît avoir choisi la solution de facilité à devenir aide-soignant, un métier qui pouvait être adapté à ses qualités intérieures d’aide et de bienveillance. « Je suis parti inconsciemment dans le domaine médical même si mes parents ont un petit peu choisi la chose pour moi. J’avais déjà travaillé dans le milieu hospitalier et ce n’était pas quelque chose que je détestais. J’ai ce côté hyper bienveillant, j’aime apporter mon aide aux autres, j’aime les écouter, je suis une oreille hyper attentive ». Ça l’a rassuré de partir dans un cursus comme celui-ci où il pouvait apporter sa pierre à l’édifice. Et pourtant, il se souvient « quand j’ai passé les concours et que j’ai eu mon école d’aide-soignant, je n’avais pas du tout envie d’y aller, je n’étais pas motivé. J’ai refoulé tout ce qui était créatif ; chant etc. J’ai mis tout ça de côté parce qu’il fallait que j’ai la petite vie « plan plan » (tu as ton petit boulot, maman est contente, tu as ton petit appartement, tout va bien) et je me suis un peu trop oublié ». Même s’il m’avoue que ce n’est plus du tout ce qu’il a envie de faire maintenant, il continue de postuler dans le secteur hospitalier. « Va savoir pourquoi. Est-ce que c’est pour faire plaisir à ta mère ou est-ce que c’est parce que tu viens de reperdre ton boulot et tu te dis « est ce que je ne vais pas vers la solution de facilité d’être dans un domaine, en plein boom en ce moment ? ».

Le déclic par rapport à YouTube s’inscrit dans la continuité de ces dernières années. « De ces arrêts, de cette réflexion sur moi-même, j’avais vraiment besoin de m’exprimer ». Le déclic s’est aussi fait en regardant d’autres personnes très créatives qui l’ont inspiré et en échangeant avec elles (avec Laura Moonzi en particulier). « C’est elle qui a été l’élément déclencheur. J’ai toujours regardé du contenu sur YouTube. YouTube c’était quelque chose pour moi que je voulais tenter, même si j’avais d’énormes blocages, une grosse appréhension avec les jugements, les critiques, ce qui n’est pas évident quand tu es une personne hypersensible, bienveillante, empathique etc. ». Il s’est donc lancé dans l’univers de YouTube il y a un an et demi maintenant, sans chercher à connaître le succès avec sa chaîne. Pour lui, le succès c’est vraiment de se réaliser humainement sur cette plateforme, de créer des vidéos qui racontent son histoire, son parcours de vie, ses émotions sans filtre, quand ça va et quand ça ne va pas, toujours sur un fond très positif.

« Dès le départ, j’avais une ligne éditoriale ; l’idée de créer un univers à ma chaîne, une atmosphère. J’avais déjà une vision unique de ce que je voulais faire avec ma chaîne, des vlogs pour m’aider à prendre confiance, à oser parler face caméra, à oser recevoir des critiques. Je savais que je voulais faire du vlog, je savais que je voulais faire un contenu très simple, minimaliste, tourné autour du cocooning, d’un univers très slow, cosy. Une chaîne reposante où tu as juste envie de cliquer sur la vidéo et j’ai en face de moi quelqu’un qui est naturel, authentique. Je ne voulais pas une chaîne de test. » Yann invite avec ses vidéos à ralentir, à cultiver l’oisiveté, à profiter de l’instant présent sans se poser trop de questions. Et même si parfois on peut lui coller l’étiquette de « Pourquoi faire cela, partager ta vie alors que tu n’es pas connu ? », et bien même s’il ne voyage pas, s’il n’expérimente pas des choses incroyables, s’il n’habite pas dans une superbe villa etc, Yann s’est rendu compte qu’il a tout de même une valeur ajoutée en partageant son mode de vie et sa vision de la vie. « Il faut que je me fasse confiance ».

Ma chaîne YouTube, mon espace de créativité, mon auto-thérapie.

Avec sa chaîne YouTube, Yann s’est créé un espace pour être lui-même vraiment et se donner la liberté d’être. Il essaie dorénavant de lâcher du lest dans ses vidéos pour essayer d’être vraiment lui-même sans se mettre dans une case lisse pour se protéger comme avant. « Inconsciemment on se réconforte dans l’idée d’être rassuré par une image assez lisse, assez quelconque pour éviter soit le regard des gens, soit les critiques et les jugements ». S’il a monté cette chaîne, c’est pour se réaliser et ça lui fait un bien fou. « J’ai vraiment adoré ce lâcher-prise, me dire que ça y est à 30 ans j’en profite en arrêtant de me poser des questions ‘’je ne devrais pas faire ça, je ne devrais pas faire ci’’, en arrêtant de procrastiner, de tout mettre au lendemain. Cette chaîne, c’est une sorte de thérapie pour moi sincèrement, le fait de se voir à l’écran en permanence pendant des heures, de voir ses tics de langage, quand on a la tête dans le guidon, de voir tous ses défauts et quand on manque de confiance, on peut se trouver moche quand ça ne va pas. Tu sais tu as une autre vision de toi finalement ». Il reconnaît qu’il continue encore de se cacher derrière son perfectionnisme (mais il y travaille en ce moment, chantier en cours !). « Tu n’imagines même pas combien de temps ça me prend le temps face caméra. C’est ça qui me freine énormément car j’aimerai être plus naturel et moins dans le détail, côté production. Cette perfection à ma hauteur me rassure ».

Ce qui lui fait aussi un bien fou avec sa chaîne, c’est de pouvoir compter sur le soutien de certains de ses abonnés. « Même si j’ai une toute petite chaîne, je remercie beaucoup les gens d’être là parce qu’ils m’apportent énormément au quotidien et quand tu reçois un petit peu d’amour – je pense qu’il y a un parallèle ‘’tu t’exposes, tu exposes ta vie (enfin tu montres ce que tu veux montrer) vs tu reçois beaucoup de bienveillance, de soutien d’inconnus’’. Je pense qu’inconsciemment j’ai tellement manqué d’amour quand j’étais plus jeune que ça me fait bien maintenant à l’âge adulte de recevoir cette sensation d’être « quelqu’un ». YouTube m’a permis de rencontrer des personnes qui sont dans le même esprit que moi. Je trouve ça tellement riche, enrichissant. » De plus, « Ça fait du bien d’avoir de retours très positifs sur ce que je fais et je gagne en confiance. Quand des personnes commentent mes vidéos, je suis touché parce qu’elles apprécient. Parfois je fais des screenshots de commentaires (utile quand tu as peu de soutien de ta famille et de tes proches). J’ai envie de créer un lien ».

Enfin ce qu’il aime avec sa chaîne YouTube, c’est de vivre totalement son grain de folie. « J’ai envie de retrouver ce moi là, ce petit garçon cinglé qui assume sa féminité. Je suis une diva »(certains abonnés le surnomment aussi ainsi comme il a fait de l’opéra et il se met parfois à chanter dans ses vidéos). Même en dehors de YouTube, dans la vie il essaie de se libérer de tout cela. « Ça m’amuse, c’est ma personnalité, je suis comme ça. J’ai du mal à la freiner, c’est comme ça. Ce n’est pas le syndrome de Peter Pan, la jeunesse est avant tout un état d’esprit » (et je ne peux qu’être d’accord !). La jeunesse rime avec l’insouciance, l’imaginaire, la spontanéité et l’émerveillement (la vie en somme !). Petite précision quand même, « Avoir un grain de folie oui, sur ma chaîne aussi, mais rester quand même cohérent avec ce que je fais. Je ne vais pas basculer d’un coup dans un côté ovni, extraterrestre, les gens vont dire « mais qu’est-ce qu’il lui arrive, ça ne va pas ? ». Je ne veux pas tomber dans le côté cliché et le jugement trop sévère ». Finalement, il s’agit de trouver une juste mesure dans l’expression de soi, entre ce côté déchanté à paillettes qui le caractérise personnellement et l’atmosphère de sa chaîne cocooning et slow.

Et puis ralentir ne veut pas dire ne plus s’amuser n’est-ce pas ?

Si tu veux échanger avec Yann, tu peux le contacter sur son instagram @instant_de_vie_yann ou sur sa chaîne YouTube Instant de vie Yann.

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