#4 | Du parent parfait à la parentalité respectueuse, avec Nadège Guilbaud, accompagnante en parentalité.

Nadège Guilbaud est accompagnante en parentalité et adolescence. Avec Ailes de paon, elle aide autant les parents à créer un lien sincère et profond avec leur(s) adolescent(s) que les adolescents à s’émanciper en faisant leurs propres choix et des choix justes pour eux. C’est à la suite d’un Live qu’elle a organisé sur Instagram autour de cette thématique avec Claire Videau, fondatrice d’Une Tête Bien Femme, que j’ai décidé de l’inviter au Zcafé pour échanger ensemble sur la parentalité et le lien parent/enfant. J’ai particulièrement apprécié sa vision de la parentalité, douce et bienveillante dans la relation et respectueuse des besoins et des limites de chacun, enfant comme parent.

Toi qui chercherais la recette magique pour être le « parfait parent », tu ne la trouveras pas au Zcafé (d’ailleurs existe-t-elle vraiment, chaque parent – et enfant – étant unique). Dans cette infolettre néanmoins, tu auras l’occasion de prendre du recul sur ta vision de la parentalité en tant que (futur) parent (ou pas !) et de revenir sur l’ensemble des bases qui consolide un lien profond et singulier entre parent(s) et enfant(s).

Déconstruire la parentalité pour créer un lien parent/enfant respectueux, profond et sincère

De par sa définition première, la parentalité induit des responsabilités en tant que parents vis-à-vis de son (ses) enfant(s) et leur confère certains rôles sur les plans juridique, moral et socioculturel : par exemple, répondre aux besoins de son enfant et protéger ses intérêts.

La parentalité respectueuse (un courant de la parentalité dans laquelle Nadège intègre sa pratique d’accompagnante) ne s’inscrit pas dans une logique de « bonnes pratiques parentales » à appliquer pour être le « parfait parent ». Bien au contraire et Nadège le rappelle, « il n’y a pas de parent parfait. Un parent a le droit de faire des erreurs et il peut exprimer ses erreurs à son enfant. Il le faut même pour qu’il puisse à son tour exprimer les siennes aussi en toute confiance. » Pour elle, « être parent, c’est expérimenter, tester des choses, se remettre en question si l’on voit que l’on n’agit pas dans l’intérêt de l’enfant ». Effectivement, le parent peut être partagé entre son intuition, sa sensibilité, son entourage, les méthodes d’éducation et sa culture et cela peut être difficile à vivre (et c’est OK !).

Ce qui touche le plus Nadège dans la parentalité, « c’est de pouvoir choisir en tant que parent la vision du monde que nous avons envie d’appliquer et de partager dans notre propre foyer. » Choisir sa vision de la parentalité en tant que parent, c’est finalement décider de sa propre responsabilité vis-à-vis de son (ses) enfant(s). C’est déconstruire ses propres croyances et toutes ces injonctions qui traversent le parent personnellement, revenir à sa propre histoire, à son enfance, à la relation qu’il a pu avoir chacun chacune avec (l’un de) ses parents (ou pas), se connecter à ses ressentis, ses émotions, ses aspirations profondes pour créer un lien profond et sincère avec son (ses) enfant(s) et être dans le partage.

Nadège m’explique que le fil conducteur de sa mission d’accompagnante en parentalité est d’aider les parents à créer un lien sincère, profond et singulier, avec son enfant et de les soutenir dans une situation donnée pour que ce lien créé respecte les besoins de chacun et favorise le bien-être de tous. Ainsi, il ne s’agit pas d’amener les parents à faire un effort pour mieux interagir avec leur enfant (ou leur adolescent) comme certains coachs le laissent entendre (injonction ?!). Il ne s’agit pas non plus pour les parents de subir une vision ou des pratiques qu’ils peuvent percevoir comme des contraintes ou dans lesquelles ils ne sentent pas à l’aise. La parentalité respectueuse, c’est « de pouvoir choisir » en tant que parent, le pouvoir de faire un choix sincère dans le respect de soi et de l’enfant pour assurer le bien-être de chacun. Finalement être parent, c’est être soi avec son (ses) enfant(s).

Soutenir la parentalité : Aider le parent à accompagner son enfant vers l’autonomie

En avançant dans notre conversation, Nadège me précise qu’« être parent, c’est être à côté de son enfant pour l’accompagner dans son autonomie de l’enfant. », c’est-à-dire d’accompagner son enfant et d’adapter sa posture de parent en fonction de ses capacités de là où l’enfant en est pour lui laisser la liberté d’avancer et d’évoluer à son rythme. Ainsi un(e) accompagnant(e) en parentalité aide le parent à devenir un accompagnant à l’autonomie de son enfant.

L’accompagnement à l’autonomie est d’ailleurs l’un des trois piliers pour accompagner respectueusement un enfant en tant que parent. Ces trois piliers font partie de la démarche ARE proposée par l’IARE – Institut de l’Accompagnement Respectueux des Enfants. Les deux autres piliers sont :

  • La qualité des relations : c’est-à-dire faire confiance à l’enfant, évoluer avec lui sans rapport de force en ayant la conviction qu’il a le potentiel de se développer par lui-même, lui exprimer de l’attachement ou un amour inconditionnel par des paroles, des attentions, des considérations (« Peu importe ce que l’enfant fait, le parent ne va pas le rejeter. Le parent n’a pas à aimer son enfant sous condition, il l’aime comme il est. »). C’est passer du temps de qualité (par le jeu par exemple) pour partager de bons moments et créer des souvenirs agréables.
  • Le respect de l’enfant dans son intégrité physique, psycho-affective, ce qui passe par le respect de ses besoins, de ses capacités et de son individualité, de sa personnalité. C’est être à l’écoute des besoins de l’enfant et être attentif à cela en toute circonstance. C’est faire preuve d’empathie ce qui n’est pas forcément évident. C’est le soutenir dans ses choix même si le parent n’est pas d’accord. C’est lui porter un regard respectueux et soutenant même si son comportement pose problème, dérange ou déplaît. En effet, un adolescent est en capacité à faire ses propres choix, choix qui peuvent ne pas correspondre aux attentes des parents ou plus largement de la société. En tant qu’adulte, c’est ainsi prendre du recul sur ses attentes pour laisser l’adolescent choisir afin de lui donner confiance et l’amener à faire ce qui lui plait, ce qui l’anime.

L’accompagnant(e) en parentalité veille à respecter l’intégrité et le tempérament de chacun pour …

Éviter les violences éducatives ordinaires et sortir d’une logique de contrôle

Comme le rappelle Nadège, « Notre priorité en tant qu’accompagnant en parentalité, c’est de se mettre du point de vue de l’enfant. On accompagne les parents dans une démarche de respecter l’enfant. Le but est de les aider à sortir des violences éducatives ordinaires (VEO). » Les VEO occupent ainsi une place importante dans son métier.

Il n’existe pas de définition officielle des violences éducatives ordinaires mais pour me les présenter, Nadège s’appuie sur l’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO). Cette association loi 1901, créé en 2005, a pour objectif d’informer le plus largement possible l’opinion publique et les responsables politiques sur la pratique de la violence éducative ordinaire, c’est-à-dire des diverses formes de violence utilisées quotidiennement dans les familles, les écoles, les institutions et dans toute la société pour éduquer les enfants.

D’après Oliver Maurel l’un des cofondateurs de l’OVEO, ces violences regroupent les punitions corporelles, les violences punitives (celles auxquelles les parents considèrent qu’ils ont le droit de recourir en cas de conflit avec leurs enfants), et celles qui établissent entre le parent et l’enfant un rapport de pouvoir violent et que l’adulte considérerait lui-même comme inacceptable s’il lui était appliqué. « Trouverions nous normal qu’on nous frappe, qu’on nous insulte, qu’on se moque de nous, qu’on nous juge, qu’on nous inflige des punitions humiliantes, ou qu’on nous manipule etc. » La violence éducative ordinaire combine « violence » (soit l’utilisation d’une force physique ou mentale dans le but de neutraliser l’autre), « éducative » (soit cette action est dite à finalité éducative avec une forte connotation de bien ou de mal) et « ordinaire » (cette action est tellement commune, acceptée, utilisée par quasiment tout le monde que personne ne la voit comme telle et ne la remet en question). Pour résumer, il est souvent fait une distinction entre les violences physiques et les violences psychologiques.

  • Violences physiques : gifler, bousculer, tirer, pincer, isoler avec enferment…
  • Violences psychologiques : crier, humilier, blesser verbalement, menacer, punir, donner des ordres, faire du chantage, culpabiliser, intimider, ignorer, retrait d’amour, mépriser, infliger un sentiment de honte, insulter, harceler, tout type de carence d’affection, d’amour et d’attention

Cette liste n’est pas exhaustive mais elle a l’intérêt de refléter l’ensemble des comportements qu’un adulte peut avoir dans le but que son enfant fasse quelque chose (attention ici il ne s’agit pas de te culpabiliser si tu es parent et si tu as agi de la sorte envers ton enfant – ces violences éducatives sont ordinaires et souvent admises dans notre « culture éducative », il s’agit simplement de t’informer pour t’inviter à prendre du recul sur ces pratiques).

Éviter ces violences éducatives ordinaires avec la parentalité respectueuse, c’est sortir d’une logique de contrôle ou d’emprise, c’est éliminer tout rapport de force entre parent et enfant, c’est respecter les besoins dans le lien parent / enfant. « C’est important que les parents expriment leurs besoins à leurs enfants pour que ces derniers les comprennent et que des solutions puissent être mises en place dans le respect des besoins de chacun. » Des outils simples existent tels que la communication non violente (cf le numéro 3 de l’infolettre Zcafé) et l’écoute active pour identifier des solutions ensemble et consolider le lien par la confiance (cette approche a été élaborée par le psychologue humaniste Carl Rogers).

Définir les besoins de chacun, c’est aussi rester à l’écoute des limites de chacun

« Je pars du principe qu’il y a déjà beaucoup de limites dans notre environnement et chacun des parents a aussi ses propres limites et il n’a pas forcément besoin de s’en rajouter. » Dans ce lien parent/enfant sincère et profond, il est ainsi important pour le(s) parent(s) d’être en capacité d’exprimer clairement ses limites à son enfant et d’être pleinement présent avec son enfant, sans le laisser de côté. « Si le parent n’a pas envie d’être embêté mais qu’à chaque fois il dit à son enfant que cela ne le dérange pas qu’il fasse ci ou ça alors qu’au fond de lui ça le dérange, c’est sûr que l’enfant va se sentir un peu perdu. Il aura besoin que quelqu’un prenne soin de lui, qu’il ait de l’attention. »

C’est parce que le parent peut avoir des difficultés à communiquer et exprimer ses besoins et ses limites à son enfant que l’accompagnement en parentalité existe. La parentalité est un apprentissage permanent au quotidien qui se vit plus qu’elle ne s’apprend dans les livres. C’est normal si parfois le parent ne comprend pas le comportement de son enfant, si les relations sont tendues ou conflictuelles dans une situation difficile, si la surcharge mentale est telle que le parent n’arrive plus à s’adapter. Un parent est avant tout un être humain, tout comme son enfant, et les relations humaines évoluent au fil du temps, des transitions de vie (telles que l’adolescence).

Lorsqu’une situation impacte le lien parent/enfant et qu’il est difficile d’y faire face seul(e), il est normal d’être aidé et soutenu dans « sa » parentalité. Un(e) accompagnant(e) en parentalité ne juge pas le rôle de parents, ne brusque par le parent. Il (elle) l’aide sur son chemin(ement) en tant que parent pour clarifier les besoins de chacun, prendre du recul sur ses automatismes (parfois ancrées de par son éducation reçue dans son enfance), créer un lien doux et profond pour trouver une solution adaptée à chacun face à la situation rencontrée. Cela se fait par des jeux de questionnements et des exercices pratico-pratiques pour allier prise de recul et actions au service du lien et de la relation parent/enfant.

Attention, l’accompagnement en parentalité n’est pas du coaching familial. L’enfant (ou l’adolescent) n’est pas présent lors des séances même si les actions proposées par l’accompagnant(e) entre les séances peuvent parfois se faire avec lui, mais toujours pour lui. « L’accompagnement en parentalité peut suffire à résoudre des situations problématiques si le parent sait identifier les besoins de son enfant et les siens. Dans ce cas, il va être capable de mettre une nouvelle relation, à créer du lien, et avoir de nouveaux autonomismes pour assurer le bien-être de l’enfant. Cela met plus de temps avec les parents d’adolescents qu’avec les parents de jeunes enfant car l’adolescent a déjà son histoire, un vécu ». Dernier élément à préciser avant de se quitter : l’accompagnant(e) en parentalité n’est pas un(e) thérapeute. « Si le contexte est trop compliquée ou trop douloureux, s’il y a des traumatismes, je vais réorienter vers une psychologue, thérapeute pour qu’il puisse travailler plus en profondeur. Le travail avec un thérapeute peut se faire en même temps que l’accompagnement que je propose ».

Pour finir, Nadège t’invite (si tu es parent) à exprimer ta gratitude envers ton enfant ou ton adolescent. Pour cela, liste trois choses pour lesquelles tu as envie de le remercier ou tu es reconnaissant(e) envers lui. Décide de le lui dire à l’oral ou à l’écrit, en trouvant un moment où l’enfant / l’adolescent est à l’écoute et attentif et sans n’attendre rien en retour. Sois sincère. (Si tu n’es pas parent, tu peux exprimer ta gratitude envers tes parents).

Que ressens-tu une fois que cette gratitude est exprimée ?

La pause (z)café continue. Si tu veux échanger avec Nadège, tu peux la contacter sur son instagram @ailes_de_paon, son facebook Ailes de Paon ou son site internet https://ailesdepaon.fr/

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